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paroles chant des partisans

Paroles chant des partisans

image en noir et blanc avec des hommes en tenue militaire qui chantent autour d'une table sur laquelle est posée une bougie.
paroles chant des partisans

Découvrez les paroles de la chanson emblématique "Le Chant des Partisans". Plongez dans l'histoire de cet hymne de la Résistance française, explorez sa traduction et comprenez son impact durable sur la musique et la société.

 

Le Chant des Partisans ou Chant de la libération est l’hymne de la Résistance française durant l’occupation par l’Allemagne nazie, pendant la Seconde Guerre mondiale. La mélodie du Chant des partisans — inspirée d'un air populaire en Russie pendant la guerre civile — est due à la chanteuse et compositrice Anna Marly, ancienne émigrée russe qui en 1940 avait quitté la France pour Londres.

 

Elle compose cette chanson en 1941 à Londres sous le titre « La marche des partisans » ou « Guerilla song », avec des paroles originales en russe, sa langue maternelle1.

 

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?


 

Paroles :

 

Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?

Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !

Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes…

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !

Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades…

Ohé ! les tueurs, à la balle ou au couteau tuez vite !

Ohé ! saboteur, attention à ton fardeau… dynamite !

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères,

La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère…

Il y a des pays où les gens au creux du lit font des rêves

Ici, nous, vois-tu nous on marche et nous on tue, nous on crève…

Ici, chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe…

Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.

Demain, du sang noir séchera au grand soleil sur les routes.

Sifflez compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute…

 


Le Chant des Partisans — Analyse des paroles et contexte historique

 

« Le Chant des Partisans » est l'hymne de la Résistance française pendant l'Occupation allemande. Composé en 1941 à Londres, il devient rapidement le signal sonore de la France libre, diffusé clandestinement par la BBC avant d'être transmis de bouche à oreille dans les réseaux. Sa force particulière tient à la rencontre entre une mélodie d'origine russe et des paroles françaises écrites dans l'urgence de la guerre.

 

La genèse : Anna Marly, Kessel, Druon

La mélodie est due à Anna Marly — née Anna Betulinsky, chanteuse et compositrice russe émigrée qui avait fui son pays après la révolution avant de se retrouver à Londres au début de la guerre. Elle compose en 1941 ce qui s'appelle d'abord « La Marche des Partisans » ou « Guerilla Song », avec des paroles en russe. C'est cette mélodie, inspirée d'un air populaire de la guerre civile russe, que Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon adaptent en français.

Kessel est journaliste et écrivain, membre actif de la Résistance. Druon, également écrivain, deviendra plus tard Secrétaire perpétuel de l'Académie française. Ensemble, ils écrivent les paroles françaises en quelques heures, dans le contexte tendu de l'été 1943. La rapidité de composition n'entame pas la qualité du texte — les paroles sont denses, imagées, et portées par une urgence authentique.

 

Analyse des paroles : une poésie de combat

Le texte s'ouvre sur une interpellation directe — « Ami, entends-tu » — qui brise immédiatement la distance entre la chanson et celui qui l'écoute. Ce « tu » est une convocation : le chant ne décrit pas la résistance de l'extérieur, il y recrute. L'image du « vol noir des corbeaux sur nos plaines » est l'une des plus fortes du répertoire militant français : les corbeaux y sont à la fois littéraux (les avions de bombardement, les soldats en uniforme sombre) et symboliques (la mort, l'occupation, le deuil).

 

La chanson alterne ensuite entre des appels à l'action — « sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades » — et des images de souffrance brute : « la haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère ». Ce mouvement entre l'impératif et le constat donne au texte son rythme particulier, à la fois martial et humain. On ne chante pas seulement l'héroïsme — on chante aussi la misère de ceux qui combattent.

 

Le passage « Il y a des pays où les gens au creux du lit font des rêves / Ici, nous, vois-tu nous on marche et nous on tue, nous on crève » est l'un des plus saisissants : il oppose explicitement la vie ordinaire en temps de paix — avec son confort et ses rêves — à la réalité des partisans. Cette opposition n'est pas une plainte, c'est un constat lucide et sans apitoiement. Le « nous on crève » dit la mort avec une brutalité délibérée, refusant toute rhétorique héroïque.

 

Le dernier vers — « Sifflez compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute » — est une image remarquable. La liberté n'est pas un horizon abstrait : elle est personnifiée, présente, à portée d'oreille. Elle écoute. Cette humanisation de la liberté transforme le chant en acte de communication avec quelque chose de plus grand que soi.

 

Diffusion et réception pendant la guerre

La chanson est diffusée par la BBC dans ses émissions en français destinées à la France occupée. Elle devient un signal de reconnaissance entre résistants : l'entendre, c'est savoir que l'on n'est pas seul. Sa diffusion clandestine — par voie de radio, mais aussi par transmission orale et copies manuscrites — est elle-même un acte de résistance.

Le fait qu'elle soit chantée collectivement lors des opérations ou des rassemblements clandestins renforce son rôle de cohésion. La chanson n'est pas seulement un message : c'est un rituel de groupe qui confirme l'existence d'une communauté.

 

Héritage

Après la Libération, « Le Chant des Partisans » devient un élément central des commémorations officielles. Il est interprété chaque année lors du 8 Mai et des hommages aux résistants, souvent aux côtés de « La Marseillaise ». En 2014, il est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, reconnaissance de son importance historique et de sa portée symbolique qui dépasse le cadre français.

 

Des artistes contemporains l'ont régulièrement réinterprété — chaque reprise posant la question de la transmission : comment faire vivre un texte écrit dans l'urgence d'une situation précise à des générations qui n'ont pas connu l'Occupation ? La réponse que la chanson porte elle-même est dans ses derniers vers : tant que quelqu'un siffle, la liberté écoute.

 

Questions fréquentes

Qui a vraiment écrit « Le Chant des Partisans » ?

La mélodie est d'Anna Marly, qui la compose à Londres en 1941 avec des paroles en russe. Les paroles françaises sont co-écrites par Joseph Kessel et Maurice Druon à l'été 1943. La chanson est donc une œuvre collective née de la rencontre entre une musicienne russe émigrée et deux écrivains français engagés dans la Résistance.

 

Pourquoi les corbeaux dans le premier vers ?

L'image du « vol noir des corbeaux sur nos plaines » est à double lecture. Concrètement, elle évoque les avions de la Luftwaffe qui survolent la France occupée. Symboliquement, le corbeau est dans de nombreuses cultures européennes un oiseau associé à la mort et au mauvais présage. L'image condense donc en quelques mots la réalité militaire et la dimension menaçante de l'Occupation.