· 

tri martolod paroles

Tri Martolod : analyse des paroles

 

« Tri Martolod » — « trois marins » en breton — est une chanson traditionnelle bretonne dont l'origine est ancienne et indéterminée, transmise oralement avant d'être collectée et fixée à l'écrit. Elle appartient au corpus des chansons de marins bretonnes, genre qui reflète la réalité historique d'une région dont les hommes prenaient la mer pour des voyages longs et incertains. Alan Stivell, harpiste et chanteur breton, l'a enregistrée en 1972 sur l'album Renaissance de la harpe celtique, lui donnant une audience internationale qu'elle n'avait jamais eue.

 

La langue bretonne comme enjeu

La chanson est intégralement en langue bretonne — brezhoneg — et ce choix n'est jamais anodin dans le contexte de la musique populaire française. Le breton est une langue celtique apparentée au gallois et au cornique, pratiquée en Bretagne mais longtemps marginalisée par la politique culturelle française. Chanter en breton au début des années 70, dans le contexte du renouveau régionaliste et de la prise de conscience des cultures minoritaires d'Europe, est un acte culturel et politique autant qu'artistique.

 

Pour les auditeurs non bretonnants — la majorité en France — la langue crée une expérience d'écoute particulière : on perçoit la musique et le rythme des mots avant leur sens, ce qui renforce la dimension sonore et rituelle de la chanson. Les « la la la » qui ponctuent le refrain appartiennent à la tradition des *laridons* bretons — ces syllabes non lexicales qui servent à la fois de remplissage mélodique et de marqueur de tradition orale.

 

Le récit : trois marins, une servante, un mariage

La structure narrative de « Tri Martolod » est simple et typique des ballades de tradition orale. Trois jeunes marins partent voyager — jusqu'au Nouveau Monde (*an Douar Nevez*), dit une version. Ils arrivent à Nantes. Près d'un moulin, l'un d'eux rencontre une servante. La chanson se conclut par un mariage. Ce schéma — départ, voyage, rencontre fortuite, union — est un archétype des chansons populaires maritimes européennes, où le voyage ouvre sur la transformation personnelle du marin.

 

La servante près du moulin (*ur servijourez e-kichen ar veilh*) est un personnage récurrent dans la tradition des chansons populaires bretonnes et françaises. Elle représente l'ancrage terrestre, la possibilité du retour, la vie sédentaire qui attend le voyageur. Le marin qui l'épouse choisit de mettre fin au cycle du voyage — ou de l'interrompre.

 

Alan Stivell et le renouveau celtique

Pour comprendre pourquoi « Tri Martolod » est connue aujourd'hui bien au-delà de la Bretagne, il faut situer Alan Stivell dans le mouvement de renouveau des musiques celtiques des années 70. Stivell — né Alan Cochevelou — a consacré sa carrière à la harpe celtique, instrument qu'il a contribué à ressusciter comme instrument soliste, et à faire dialoguer les traditions musicales bretonnes avec le rock, le folk et le jazz. Son concert à l'Olympia en 1972 est un événement fondateur pour la musique bretonne — il prouve qu'un public parisien et international peut s'enthousiasmer pour un répertoire en breton.

 

Dans ce contexte, « Tri Martolod » n'est pas simplement un morceau de folklore préservé — c'est une pièce vivante, portée par un artiste qui revendique son appartenance à une tradition tout en la réinventant pour un public nouveau.

 

Questions fréquentes

 

Que signifie « Tri Martolod » ?

« Tri Martolod » signifie « trois marins » en breton. La chanson raconte le voyage de trois jeunes marins bretons (*tri martolod yaouank*) qui partent en mer, arrivent à Nantes, et dont l'un épouse une jeune femme rencontrée près d'un moulin. C'est une ballade de tradition orale dont l'origine exacte est inconnue, transmise de génération en génération avant d'être collectée et enregistrée.

 

Pourquoi la version d'Alan Stivell est-elle la plus connue ?

Alan Stivell l'a enregistrée en 1972 sur l'album *Renaissance de la harpe celtique*, dans le contexte d'un renouveau des musiques celtiques qui touchait aussi bien la Bretagne que l'Irlande, le Pays de Galles et l'Écosse. Son concert à l'Olympia la même année a révélé au grand public français et international qu'une musique en langue bretonne pouvait emplir une grande salle parisienne. C'est cette version qui a fixé « Tri Martolod » dans la mémoire collective.