Brigitte Lahaie : biographie, filmographie et parcours d'une figure singulière

Les Rimes de Brigitte · Biographies

 

Brigitte Lahaie : Des écrans aux ondes radios, l'odyssée d'une voix libérée

 

Actrice · animatrice radio · auteure · née le 12 mars 1955 à Tourcoing


 

Pourquoi Brigitte Lahaie sur Les Rimes de Brigitte ?

Le duo Brigitte — Aurélie Saada et Sylvie Hoarau — a choisi son nom en hommage à trois femmes prénommées Brigitte qui incarnaient chacune une forme de liberté et de singularité : Brigitte Bardot, Brigitte Fontaine et Brigitte Lahaie. Trois femmes qui ont traversé leur époque à contre-courant, refusé les cases qu'on leur proposait, et construit des identités publiques que personne n'avait prévues. Brigitte Lahaie est la troisième de ce trio fondateur.


 

Fiche biographique

Nom de naissance Brigitte Lahaie
Née le 12 mars 1955
Lieu de naissance Tourcoing (Nord)
Nationalité Française
Activités principales Actrice, animatrice radio, auteure
Années actives 1975 à aujourd'hui
Genres cinématographiques Cinéma X, cinéma fantastique, films de genre

 

Biographie — de Tourcoing à l'écran

 

Les débuts

Brigitte Lahaie grandit dans le Nord de la France. Elle arrive à Paris dans les années 1970, dans une décennie où le cinéma X vient d'être légalisé en France — la loi de juillet 1975 autorise la diffusion de films pornographiques dans des salles spécialisées. C'est dans ce contexte d'ouverture légale et de curiosité culturelle pour ce nouveau cinéma qu'elle fait ses premiers pas à l'écran.

 

Elle devient rapidement l'une des actrices les plus connues du cinéma X français, dans une période où ce genre attire un public nombreux et une certaine presse culturelle. Sa présence physique, sa diction et son assurance à l'écran la distinguent dans un milieu où peu d'actrices construisent une véritable identité artistique.

 

La rencontre avec Jean Rollin

La trajectoire de Brigitte Lahaie prend une dimension différente avec sa rencontre avec Jean Rollin, cinéaste français spécialisé dans le cinéma fantastique érotique — un genre singulier qui mêle horreur, surréalisme et poésie visuelle. Rollin, dont les films sont aujourd'hui redécouverts et célébrés par les amateurs de cinéma de genre, voit en elle une présence cinématographique rare.

 

Elle tourne avec lui Fascination (1979), considéré comme l'un des films les plus aboutis de Rollin, et Les Raisins de la mort (1978), premier film de zombies français. Ces deux films lui permettent de montrer une palette de jeu que le cinéma X n'exploitait pas — elle y est à la fois inquiétante, sensuelle et profondément humaine.

 

La collaboration Lahaie-Rollin est aujourd'hui reconnue comme l'une des associations les plus fructueuses du cinéma de genre français des années 1970. Rollin déclarera plusieurs fois qu'elle était l'actrice qui comprenait le mieux son univers.

 

Le tournant vers le cinéma grand public

Dans les années 1980, Brigitte Lahaie tourne dans des productions de cinéma grand public et des téléfilms. Cette transition n'est pas sans difficultés — le milieu du cinéma français de l'époque regarde avec méfiance les actrices issues du X. Elle continue pourtant à construire une carrière à la frontière des genres, travaillant avec différents réalisateurs.

 

Elle joue notamment dans Douce violence et dans plusieurs productions italiennes de cinéma de genre, qui lui permettent de travailler avec des réalisateurs étrangers moins soucieux de son parcours antérieur que du talent qu'elle apportait à l'écran.

 


 

La carrière médiatique — la radio et les livres

 

Animatrice et chroniqueuse

À partir des années 1990, Brigitte Lahaie construit une carrière médiatique distincte de sa carrière d'actrice. Elle anime des émissions consacrées à la sexualité, à la relation amoureuse et au corps — des sujets qu'elle aborde avec un mélange de pragmatisme et de bienveillance qui lui vaut une audience fidèle.

 

Elle anime notamment une émission sur RMC où elle répond aux questions des auditeurs sur la vie amoureuse et sexuelle. Son ton — direct, non moralisateur, attentif — tranche avec la pruderie qui caractérisait encore beaucoup d'émissions françaises sur ces sujets. Elle contribue à normaliser des discussions que la radio française évitait.

 

Auteure

Brigitte Lahaie est également auteure. Elle publie plusieurs ouvrages consacrés à la sexualité, à la relation amoureuse et à son propre parcours, dont elle parle avec une franchise qui a contribué à faire d'elle une figure publique singulière — capable de prendre du recul sur une carrière que beaucoup auraient voulu taire ou minimiser. Elle assume l'ensemble de son parcours, le revendique même, refusant la honte rétrospective que la société projette sur les actrices qui ont travaillé dans le cinéma X.


 

Une figure de la liberté revendiquée

Ce qui fait de Brigitte Lahaie une figure durable — au-delà de sa notoriété initiale — c'est la cohérence de sa posture publique. Elle n'a jamais renié son passé, ne l'a jamais présenté comme une erreur de jeunesse, n'a jamais adopté le discours de la victime que certains attendaient d'elle. Elle a fait des choix, elle les assume, elle en parle avec précision et sans pathos.

 

Cette posture est rare. Dans un milieu médiatique qui accorde facilement sa réhabilitation aux anciens acteurs du X à condition qu'ils se repentent, Brigitte Lahaie choisit une autre voie : la revendication tranquille. Elle décrit son travail, ses rencontres, ses plaisirs autant que ses difficultés, sans chercher à réduire son parcours à un récit acceptable pour les uns ou pour les autres.

 

C'est précisément pour cela que le duo Brigitte l'a choisie comme troisième figure tutélaire, aux côtés de Bardot et Fontaine : trois femmes qui ont dit non à l'idée qu'il fallait être une chose ou une autre, et qui ont construit des existences publiques que personne n'avait prévu de leur autoriser.

 


 

Filmographie sélective

Année Titre Réalisateur Genre
1978 Les Raisins de la mort Jean Rollin Horreur / premier film de zombies français
1979 Fascination Jean Rollin Fantastique érotique
1980 La Nuit des traquées Jean Rollin Horreur
1982 Les Écraseuses Gérard Kikoine Cinéma de genre

 

Brigitte Lahaie et le cinéma de Jean Rollin

Jean Rollin (1938–2010) est une figure à part dans le cinéma français. Incompris à son époque, tourné en dérision par la critique mainstream, il a construit une œuvre fantastique profondément personnelle — des vampires en bord de mer, des châteaux normands, une poésie visuelle étrange et obsédante. Ses films n'obéissent pas aux règles du genre au sens strict : ils sont plus proches du rêve éveillé que du film d'horreur conventionnel.

 

Brigitte Lahaie est l'une des actrices qui a le mieux habité cet univers. Dans Fascination, elle joue une servante mystérieuse armée d'une faux — une des images les plus mémorables du cinéma fantastique français. Dans Les Raisins de la mort, elle est l'un des personnages centraux d'une histoire de pesticide qui rend les habitants d'un village meurtriers — premier film de zombies produit en France.

 

La redécouverte de Rollin par les cinéphiles depuis les années 2000 a entraîné mécaniquement une réévaluation de son travail avec Lahaie. Ces films, longtemps difficiles à voir, sont désormais restaurés et distribués dans le monde entier.

 


 

Questions fréquentes

 

Q. Pourquoi le duo Brigitte a-t-il choisi ce prénom ?

Aurélie Saada et Sylvie Hoarau ont choisi "Brigitte" en hommage à trois femmes qui portaient ce prénom et incarnaient chacune une forme singulière de liberté : Brigitte Bardot (l'icône qui a refusé le rôle de simple objet du désir pour devenir militante), Brigitte Fontaine (la poétesse inclassable, rebelle aux étiquettes) et Brigitte Lahaie (l'actrice qui a assumé l'ensemble de son parcours sans se soumettre aux injonctions de repentir). Les trois ensemble dessinent un portrait du prénom Brigitte comme synonyme de femme qui fait ses propres choix.

 

Q. Brigitte Lahaie est-elle encore active ?

Oui — elle continue d'intervenir dans les médias, de participer à des débats sur la sexualité, le cinéma et la liberté d'expression. Elle reste une figure régulièrement sollicitée pour son regard sur ces sujets, et son rapport décomplexé à son propre parcours continue d'alimenter des discussions publiques importantes sur le regard porté sur les femmes qui ont travaillé dans le cinéma adulte.

 

Q. Quels sont ses meilleurs films ?

Fascination (1979) de Jean Rollin est unanimement considéré comme son film le plus accompli — celui où la rencontre entre la vision de Rollin et la présence de Lahaie produit quelque chose d'unique. Les Raisins de la mort (1978) a une importance historique comme premier film de zombies français. Pour ceux qui découvrent le cinéma de Rollin, ces deux films sont le meilleur point d'entrée.


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