La terminaison en -are [aʁ] est l'une des plus musicales et des plus expressives du français contemporain. Elle traverse les singularités précieuses (rare, phare), les défauts moraux (avare, barbare, tare), les étrangetés (bizarre), les expressions musicales (fanfare, guitare) et les actions préparatoires (prépare, compare, déclare). Une terminaison qui pense en termes de valeur, d'exception et de vibration.
Sur le plan phonétique, la séquence [aʁ] combine la voyelle ouverte antérieure [a] — le timbre le plus résonnant du français — avec la consonne vibrante uvulaire [ʁ]. La voyelle s'ouvre pleinement, puis la vibrante ajoute un grondement profond qui prolonge le son. C'est une terminaison qui résonne et vibre — comme le nom guitare lui-même, instrument dont le son continue après qu'on a pincé la corde.
Au cœur de la terminaison -are, une réflexion sur la valeur : est-ce que la rareté crée la valeur, ou la valeur crée-t-elle la rareté ? L'adjectif rare dit que ce qui se rencontre peu souvent mérite d'être apprécié. Mais avare dit que celui qui accumule sans partager dévalue ce qu'il possède. Et bizarre dit que ce qui est étrange n'est ni rare ni précieux nécessairement — juste différent, hors norme. Ces trois adjectifs forment un triangle évaluatif : le précieux, le mesquin, l'insolite.
La terminaison -are s'organise autour de cinq axes. Le premier concerne les singularités précieuses : rare (peu fréquent, exceptionnel, précieux par sa singularité) et phare (la lumière guidante, la référence fondamentale). Le deuxième porte les défauts moraux : avare (qui accumule sans donner), barbare (cruel, incivilisé ou simplement étranger à une culture), tare (défaut héréditaire ou imperfection). Le troisième désigne les étrangetés : bizarre (insolite, déconcertant). Le quatrième regroupe les expressions musicales : fanfare (l'orchestre de cuivres, la célébration bruyante) et guitare (l'instrument à cordes pincées). Le cinquième concerne les actions préparatoires et déclaratives : prépare, compare, déclare (trois verbes qui forment une progression logique).
Rare vient du latin rarus (clairsemé, peu fréquent, précieux par singularité). Avare vient du latin avarus (avide, cupide, qui veut toujours plus), de avere (désirer ardemment). Phare vient du grec Pharos (l'île d'Alexandrie célèbre pour sa tour lumineuse, l'une des sept merveilles du monde antique), via le latin pharus. Fanfare vient de l'espagnol fanfarria (vantardise, bruit), d'origine onomatopéique. Bizarre vient de l'espagnol bizarro (courageux, élégant) via l'italien bizzarro (fantasque, impétueux).
Du latin rarus (clairsemé). Ce qui est rare est peu dense, peu fréquent — et par conséquent précieux. L'expression « oiseau rare » dit la personne exceptionnelle difficile à trouver. « Se faire rare » dit l'éloignement volontaire ou involontaire. Philosophiquement, la rareté soulève la question de la valeur : est-ce que quelque chose vaut parce que c'est rare, ou est-ce rare parce que ça vaut ? La rime entre rare et phare dit la singularité lumineuse — ce qui guide précisément parce qu'il est unique.
Du latin avarus, de avere (désirer). L'avare est celui dont le désir d'accumulation tourne en boucle sans jamais se satisfaire. Harpagon chez Molière en est le type figé dans l'imaginaire français. Mais avare peut aussi qualifier une générosité retenue : « avare de compliments » (peu prodigue en louanges), « avare de ses mots » (taciturne). Cette version économe et non pathologique de l'avarice est une ressource poétique — l'avare de mots choisit chaque syllabe comme un bien précieux.
De l'espagnol bizarro (courageux, vaillant) via l'italien bizzarro (impétueux, fantasque). Le mot est passé du positif (la vaillance) au neutre (l'imprévisibilité) au légèrement négatif (l'étrangeté). Ce glissement de « courageux » à « étrange » via « impétueux » montre comment une qualité peut changer de valeur en traversant les cultures et les siècles.
Rare : peu fréquent, précieux par singularité, exceptionnel. Phare : tour lumineuse guidant les navires ; projecteur d'un véhicule ; référence fondamentale dans un domaine.
Avare : cupide, qui accumule sans donner ; aussi : économe d'une qualité (avare de mots, avare de compliments). Barbare : cruel, incivilisé ; aussi : étranger à une culture (au sens grec et latin du terme). Tare : défaut héréditaire, imperfection transmise ; aussi : poids de l'emballage sur une balance.
Bizarre : insolite, déconcertant, qui sort de la norme.
Fanfare : orchestre de cuivres ; musique festive et bruyante ; par extension, célébration tapageuse. Guitare : instrument à cordes pincées, emblème de la musique populaire occidentale.
Prépare (verbe préparer) : dispose, organise en vue d'un but. Compare (verbe comparer) : met en parallèle, évalue par rapport à quelque chose d'autre. Déclare (verbe déclarer) : proclame, annonce officiellement.
Cigare : rouleau de tabac à fumer. Tartare : relatif aux Tatars ; sauce tartare ; steak tartare.
A : avare — B : barbare, bizarre — C : cigare, compare (verbe) — D : déclare (verbe) — F : fanfare — G : guitare — P : phare, prépare (verbe) — R : rare — T : tare, tartare
Rare est le mot de la valeur par exception. « Le rare / Comme phare / Dans nuit avare — / La fanfare / Des banalités / Se tare / Mais le rare / Reste. » Le singulier (rare) guide comme une lumière (phare) dans l'obscurité de la médiocrité (nuit avare), tandis que le bruit commun (fanfare des banalités) se déprécie (se tare). Un texte sur la valeur du peu et de l'exceptionnel.
Avare est le mot moral le plus chargé du corpus. « L'avare / Compare / Sans cesse / Compte / Prépare / Sa disparition — / Rare / Sera / Sa mémoire / Bizarre. » L'accumulation vaine mène à l'oubli — la mémoire de l'avare sera aussi rare que ce qu'il n'a pas su donner. Mais avare peut aussi dire l'économie précieuse des mots : « L'avare / De mots / Prépare / Chaque phrase / Comme phare / Rare / Dans mer / De fanfare. »
Phare est l'image de la référence et de la guidance. « Le phare / Rare / Dans nuit avare / Déclare / La route — / Compare / Les horizons / Prépare / L'arrivée. » La singularité lumineuse (phare rare) proclame le chemin (déclare), met les directions en perspective (compare) et prépare l'arrivée. Le phare intérieur : « Mon phare / Intérieur — / Bizarre / Parfois / Avare / De clarté — / Prépare / Quand même / La route / Rare. »
Bizarre est le mot de l'insolite qui dérange mais éclaire. « Bizarre / Ce phare / Dans désert — / Pour qui / Rare / Passant / Compare / Et s'étonne. » Le bizarre pose les bonnes questions — pourquoi une lumière là où personne n'en a besoin ? Ou sa version productrice : « Le bizarre / N'est pas avare / De sens — / Il prépare / Un phare / Rare / Là où / On n'attendait / Pas de lumière. »
Les trois verbes prépare, compare, déclare forment une progression logique naturelle — la préparation, l'analyse, la proclamation. « On prépare / On compare / On déclare — / Puis fanfare / Du résultat / Rare / Ou banal / Phare / Ou avare / Lumière. » La méthode complète, avec ses deux issues possibles : le résultat rare et lumière, ou le résultat commun et mesquin. Ou dans la veine scientifique : « La science / Prépare / Son hypothèse / Compare / Données / Déclare / Vérité / Rare / Toujours / Bizarrement / Phare. »
Elle provient de sources latines, grecques et espagnoles. Rare vient du latin rarus (clairsemé). Avare vient du latin avarus (cupide). Phare vient du grec Pharos (île d'Alexandrie aux phares célèbres) via le latin. Fanfare vient de l'espagnol fanfarria (onomatopée). Bizarre vient de l'espagnol bizarro (courageux) via l'italien.
En espagnol, bizarro signifiait « courageux, vaillant, généreux ». En passant par l'italien bizzarro (fantasque, impétueux, colérique), puis en entrant en français au XVIe siècle, le mot a perdu sa valeur positive de vaillance pour garder l'idée d'imprévisibilité, puis d'étrangeté. Un glissement de sens qui illustre comment les mots changent de valeur en traversant les cultures.
Alterner les catégories : évaluatives (rare, phare), morales (avare, barbare, tare), insolites (bizarre), musicales (fanfare, guitare), actives (prépare, compare, déclare), diverses (cigare, tartare). Exploiter les verbes en -are comme moteurs narratifs. Jouer les oppositions internes : rare/banal, phare/avare lumière, fanfare/silence.
La terminaison -are incarne une réflexion permanente sur la valeur des choses. Ce qui est rare mérite d'être cherché. Ce qui est avare mérite d'être critiqué. Ce qui est bizarre mérite d'être regardé. Le phare mérite d'être suivi. La fanfare mérite d'être entendue — ou pas. Et la guitare vibre, tout simplement, comme le son [aʁ] lui-même.
Du rare au phare, de l'avare au bizarre, de la fanfare à la guitare, du prépare au déclare — chaque rime en -are vibre et résonne profondément, faisant de cette terminaison l'une des plus musicalement et philosophiquement riches de la langue française.
