Rime en eurs : liste complète de mots qui riment en eurs

 

La rime en -eurs est la grande rime des émotions profondes et des mesures du monde. Fleurs, pleurs, cœurs, sœurs, valeurs, douleurs, couleurs, profondeurs, longueurs — ces mots partagent le son [œʀ], ce son sombre et chaud qui résonne dans le creux de la poitrine.

 

La rime en eurs est en réalité la version plurielle de la rime en eur — le s final est muet, le son est identique. Un poème peut mêler librement fleur et fleurs, cœur et cœurs, valeur et valeurs sans changer la rime. Mais les mots au pluriel ou les mots invariablement en -eurs (ailleurs, plusieurs, d'ailleurs) ont leurs propres caractéristiques grammaticales et poétiques.

 

Sur Les Rimes de Brigitte — site de rimes, d'analyses de chansons et de citations placé sous le signe de Brigantia, déesse celte de la poésie — voici la liste la plus complète des mots qui riment en eurs.

 

Réponse rapide : les mots en eurs essentiels

fleurs · cœurs · sœurs · pleurs · leurs · ailleurs · plusieurs · d'ailleurs · valeurs · douleurs · couleurs · malheurs · bonheurs · odeurs · profondeurs · longueurs · largeurs · hauteurs · peurs · sueurs · labeurs · ardeurs · humeurs · rumeurs · fureurs · erreurs · chaleurs · lenteurs · épaisseurs · rancœurs

 

Phonétique et relation eur/eurs

Le son eurs se prononce [œʀ] — exactement comme eur. Le s du pluriel ou des formes en -eurs est muet en français. Cette identité sonore est fondamentale : la rime en eurs n'est pas une rime distincte de la rime en eur — c'est la même rime, avec une orthographe légèrement différente.

 

Le son [œʀ] est la voyelle mi-ouverte arrondie [œ] (le son du eu dans peur, fleur) suivie de la vibrante [ʀ]. C'est un son profond, légèrement sombre, qui vibre dans la gorge et dans le creux de la poitrine. C'est le son des émotions contenues, des choses pesantes, des mesures qui s'étendent.

 

La graphie œ

Quelques mots s'écrivent avec la ligature œ : cœur, sœur, chœur, rancœur. Cette graphie est un archaïsme orthographique — elle se prononce exactement comme eur [œʀ] et rime parfaitement avec tous les autres mots de la famille.

 

Cœur, fleurs, pleurs : le noyau lyrique

  • fleurs — pluriel de fleur : organe reproducteur des plantes à fleurs ; symbole universel de la beauté éphémère, de l'amour offert, du printemps. Cueillir des fleurs : saisir la beauté avant qu'elle se fane. La fleur est l'image la plus ancienne de la lyrique amoureuse.
  • pleurs — les larmes, le fait de pleurer (généralement au pluriel dans ce sens littéraire). Fondre en pleurs, être en pleurs. Mot du registre soutenu et poétique — en prose courante on dit larmes ou pleurs, mais en poésie pleurs est la rime historique.
  • cœurs — pluriel de cœur : organe central de la circulation sanguine ; siège de l'amour et des émotions dans la symbolique universelle. Les cœurs brisés, les cœurs ouverts.
  • leurs — déterminant possessif de la troisième personne du pluriel (ils ont pris leurs affaires). Rime grammaticale, utile pour sa légèreté syntaxique.
  • peurs — pluriel de peur : sentiment d'appréhension face à un danger réel ou imaginé. Nos peurs les plus profondes.

Ailleurs, plusieurs, d'ailleurs : les invariables

Trois mots en -eurs sont invariables — ils ne sont ni singulier ni pluriel, ni masculin ni féminin — et s'écrivent toujours avec le -s final :

  • ailleurs — adverbe de lieu : en un autre endroit ; dans un autre monde, une autre réalité. Aller ailleurs, être ailleurs (rêvasser). Du latin aliores. Ailleurs est le mot du voyage intérieur, de l'évasion, de l'aspiration à autre chose.
  • d'ailleurs — locution adverbiale : du reste, par ailleurs, de plus. Transition argumentative et narrative fréquente. D'ailleurs, il n'est pas venu.
  • plusieurs — adjectif et pronom indéfini : plus d'un, un certain nombre. Plusieurs personnes, plusieurs d'entre eux. Du latin plures : plus nombreux.

Ces trois mots sont précieux en poésie parce qu'ils sont grammaticalement neutres — ils peuvent entrer dans presque n'importe quelle construction syntaxique. Ailleurs en particulier est l'un des mots-clés de la poésie française de l'évasion et du voyage imaginaire (Baudelaire : N'importe où hors du monde).

 

Émotions et états intérieurs

  • douleurs — sensations physiques ou morales pénibles. Les douleurs du corps, les douleurs de l'âme. Du latin dolor.
  • bonheurs — états de satisfaction complète. Les petits bonheurs, les bonheurs simples.
  • malheurs — événements pénibles, infortunes. Partager les malheurs de quelqu'un.
  • ardeurs — enthousiasmes vifs, ferveurs. Les ardeurs de la jeunesse, les premières ardeurs.
  • humeurs — états affectifs passagers ; dispositions d'esprit. De bonne/mauvaise humeur. Les humeurs changeantes.
  • fureurs — états de colère extrême. Les fureurs de la mer, les fureurs guerrières.
  • ferveurs — enthousiasmes ardents, dévotion intense.
  • rancœurs — ressentiments amers, griefs profonds contre quelqu'un. Du latin rancor : rancidité, aigreur.
  • sueurs — sécrétions liquides de la peau sous l'effet de la chaleur ou de l'effort. En sueurs, les sueurs froides de la peur.
  • terreurs — peurs extrêmes. La Terreur (hist.) : période de la Révolution française (1793-1794).

Mesures et dimensions

  • profondeurs — dimensions vers le bas ; au figuré, intensité, richesse intérieure. Les profondeurs de la mer, les profondeurs de l'âme.
  • longueurs — dimensions dans le sens de la longueur ; au figuré, passages trop longs dans un texte. Les longueurs du roman.
  • largeurs — dimensions dans le sens transversal. La largeur d'un fleuve, penser en largeur.
  • hauteurs — dimensions vers le haut ; élévations, sommets. Les hauteurs de Paris, des hauteurs méprisantes.
  • épaisseurs — dimensions dans le sens du volume. L'épaisseur d'un mur, l'épaisseur du mystère.
  • lenteurs — caractères de ce qui est lent. Les lenteurs administratives, la lenteur des saisons.
  • rigueurs — sévérités, duretés. Les rigueurs de l'hiver, la rigueur d'un jugement.
  • grandeurs — dignités, importances, élévations. La grandeur et la décadence.

Valeurs, qualités, forces sociales

  • valeurs — principes moraux ou culturels auxquels on accorde de l'importance ; mais aussi : valeurs boursières, prix. Les valeurs de la République, les valeurs familiales.
  • honneurs — marques de respect et de considération ; dignités. Faire honneur à, les honneurs militaires.
  • labeurs — travaux pénibles et soutenus. Du latin labor. Le fruit de ses labeurs.
  • saveurs — qualités gustatives ; au figuré, charmes, intérêts d'une chose. Les saveurs de la cuisine, la saveur d'une anecdote.
  • faveurs — marques de bienveillance, de préférence accordée. Obtenir les faveurs de quelqu'un.
  • rumeurs — bruits qui circulent sans source fiable ; bruits confus de foule. Les rumeurs courent.
  • erreurs — actes ou jugements incorrects, fautes. Corriger ses erreurs, l'erreur est humaine.
  • splendeurs — beautés éblouissantes, magnificences. Les splendeurs de Rome, les splendeurs du soir.

Métiers et agents en -eurs (pluriels)

Les noms de métiers et d'agents en -eur deviennent des rimes en eurs au pluriel :

  • auteurs — ceux qui créent une œuvre. Les auteurs français, les auteurs de la Pléiade.
  • acteurs — ceux qui jouent sur scène ou à l'écran ; au sens large, ceux qui agissent.
  • docteurs — médecins ; titulaires d'un doctorat.
  • chanteurs — ceux qui chantent à titre professionnel.
  • danseurs — ceux qui dansent à titre professionnel.
  • chercheurs — ceux qui font de la recherche scientifique.
  • professeurs — ceux qui enseignent.
  • lecteurs — ceux qui lisent.
  • directeurs — ceux qui dirigent.
  • créateurs — ceux qui créent, inventent.

Nature et sensations

  • couleurs — propriétés visuelles liées à la lumière ; au figuré, vivacité, diversité. Les couleurs d'automne, les couleurs d'un texte.
  • odeurs — émanations perçues par l'odorat, agréables ou désagréables. Les odeurs de la forêt après la pluie.
  • chaleurs — températures élevées ; au figuré, ardeur, enthousiasme. Les grandes chaleurs de l'été.
  • lueurs — lumières faibles, vacillantes. Les lueurs de l'aube, une lueur d'espoir.
  • froideurs — manques de chaleur ou d'enthousiasme. La froideur d'un accueil.
  • senteurs — parfums, odeurs agréables. Les senteurs du jardin.

 

Les mots en œur : cœur, sœur, chœur, rancœur

 

Quatre mots français s'écrivent avec la ligature œ (o et e liés) — archaïsme orthographique hérité du latin :

  • cœur — organe musculaire central de la circulation sanguine ; siège symbolique des émotions, de l'amour, du courage (avoir du cœur). La figure du cœur est la plus universelle de la symbolique affective humaine. Du latin cor, cordis.
  • sœur — fille ayant les mêmes parents qu'une autre personne ; en religion, religieuse (ma sœur). Du latin soror.
  • chœur — ensemble de chanteurs qui chantent ensemble ; partie de l'église réservée aux officiants ; dans le théâtre grec, groupe qui chante et commente l'action. Du grec khoros.
  • rancœur — sentiment d'amertume, de ressentiment profond qui s'installe dans le cœur. Du latin rancor : aigreur, rancidité. Garder rancœur contre quelqu'un.

 

Tableau des meilleures associations de rimes en eurs

Rime 1 Rime 2 Rime 3 Effet Registre
fleurs pleurs cœurs Nature, larmes, amour — la triade lyrique classique Lyrique, romantique
ailleurs plusieurs couleurs Le voyage, la multiplicité, la diversité visuelle — évasion Poésie du voyage
valeurs labeurs erreurs Travail, principes, fautes — la vie humaine dans sa durée Chanson à texte, engagé
profondeurs hauteurs longueurs L'espace dans toutes ses dimensions — contemplation, mesure du monde Poésie de l'espace
rancœurs douleurs fureurs Émotions sombres et profondes — texte de rupture, de colère Slam, poésie noire
sœurs cœurs chœurs Famille, amour collectif, voix ensemble — solidarité Chanson chorale, social
splendeurs grandeurs lueurs Magnificence, élévation, lumière fugace — épique et lyrique Épique, poésie noble

 

 

La rime en eurs en poésie et en chanson

 

La rime des émotions profondes

Le son [œʀ] est le son le plus profond et le plus sombre des voyelles françaises — il descend dans le creux de la gorge. Cette qualité physique fait de la rime en eurs la rime naturelle des émotions lourdes : douleurs, pleurs, malheurs, rancœurs, fureurs. En même temps, le même son porte des mots de beauté légère : fleurs, lueurs, senteurs, splendeurs. Cette ambivalence — son sombre portant des mots lumineux — est l'une des sources de richesse de la rime en eurs.

 

Ailleurs : le mot de l'aspiration

Ailleurs est l'un des mots les plus importants de la poésie française de l'évasion. Baudelaire, Rimbaud, Verlaine ont tous tourné autour de ce mot — le désir d'être ailleurs, d'un lieu autre que celui où l'on est. Dans une rime en eurs, ailleurs apporte une ouverture, un déplacement — il ne pose pas mais emporte.

 

Les chœurs : la voix collective

Chœurs est le mot en eurs de la musique collective — plusieurs voix qui riment ensemble, qui font un même son. Dans un texte sur la solidarité, sur le peuple, sur la communauté, faire rimer chœurs avec cœurs et sœurs crée une triade des liens affectifs et musicaux.

Ailleurs, les sœurs en chœurs
Mêlent leurs pleurs aux fleurs
Et leurs rancœurs aux douleurs

 

Conseils pour bien utiliser la rime en eurs

 

1. Mêler singulier et pluriel librement. Puisque fleur et fleurs se prononcent identiquement, un poème peut alterner les deux formes sans rompre la rime. Cette liberté est précieuse pour la syntaxe.

 

2. Ailleurs comme mot-pivot. Ailleurs est syntaxiquement très mobile — il peut ouvrir ou fermer un vers, s'utiliser seul ou en locution (d'ailleurs). C'est une cheville rare qui n'a pas l'air d'une cheville.

 

3. Jouer la tension sombre/lumineux. Le son [œʀ] porte à la fois douleurs et splendeurs, pleurs et fleurs. Alterner mots sombres et mots lumineux dans les rimes en eurs crée un effet de clair-obscur naturel.

 

4. Les mesures pour ancrer dans l'espace. Profondeurs, longueurs, hauteurs, largeurs — ces mots de mesure sont concrets et visuels. Dans un texte lyrique abstrait, les glisser en rime ancre le texte dans l'espace physique.

 

5. Éviter la triade fleurs/pleurs/cœurs seule. Cette triade est la plus usée de la lyrique française. Elle reste puissante dans le bon contexte — mais si vous pouvez y ajouter au moins un quatrième mot inattendu (rancœurs, splendeurs, labeurs), vous enrichissez la rime.

 

 

5 exercices pratiques

 

1. Écrivez un poème de six vers en utilisant uniquement des rimes en eurs qui décrivent l'espace et les dimensions : profondeurs, hauteurs, largeurs, longueurs, épaisseurs, grandeurs. Que dit l'espace de l'état intérieur ?

 

2. Composez un texte dont la rime principale est ailleurs — utilisez-le au moins trois fois dans des contextes différents (adverbe de lieu, état d'esprit, aspiration).

 

3. Construisez une triade cœur/fleurs/pleurs dans un contexte totalement contemporain — une scène urbaine, un smartphone, un réseau social. Comment les vieux mots résonnent-ils dans un monde nouveau ?

 

4. Écrivez un portrait en eurs — une personne décrite uniquement par ses valeurs, humeurs, erreurs, ardeurs. Le portrait par les émotions et les qualités.

 

5. Texte choral en eurs : sœurs, chœurs, cœurs. Un texte sur la solidarité, sur le groupe, sur les voix qui se rassemblent.

 

 

Questions fréquentes

 

Quels mots riment en eurs ?

fleurs, cœurs, sœurs, pleurs, leurs, ailleurs, plusieurs, d'ailleurs, valeurs, douleurs, couleurs, malheurs, bonheurs, odeurs, profondeurs, longueurs, largeurs, hauteurs, peurs, sueurs, labeurs, ardeurs, humeurs, rumeurs, fureurs, erreurs, chaleurs, lenteurs, épaisseurs, rancœurs, chœurs, splendeurs, grandeurs, lueurs, senteurs, saveurs, honneurs, rigueurs, faveurs, terreurs, ferveurs.

 

Eur et eurs sont-ils la même rime ?

Oui. Le s final est muet — fleur et fleurs se prononcent identiquement [flœʀ]. Ils constituent la même rime sonore.

 

Pourquoi cœur s'écrit-il avec œ ?

C'est un archaïsme orthographique hérité du latin cor via le vieux français. La ligature œ représente la fusion de o et e. Elle ne change pas la prononciation — cœur [kœʀ] rime parfaitement avec fleur [flœʀ].

 

Ailleurs rime-t-il vraiment en eurs ?

Oui. Ailleurs se prononce [ajœʀ] — la syllabe finale porte bien le son [œʀ]. Il s'écrit toujours avec -eurs (adverbe invariable) et rime parfaitement avec fleurs, pleurs, douleurs.

 

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