Rime en uie : liste complète de mots qui riment en uie | Les Rimes de Brigitte
La rime en -uie est une rime douce et musicale — la diphtongue [ɥi] donne à ces mots un caractère glissant, humide, presque liquide. Les deux mots les plus importants de la rime sont pluie et ennuie — et cette association dit déjà tout : l'ennui et la pluie sont les deux grandes métaphores du même état d'âme, de l'intériorité mélancolique qui attend quelque chose sans savoir quoi.
La rime en uie se structure autour de plusieurs familles : les noms naturels (pluie, suie, truie, ouïe), les formes verbales vivantes (ennuie, essuie, appuie, enfuie, désennuie), et surtout une famille de participes passés féminins extraordinairement riche (réjouie, éblouie, épanouie, évanouie, alanguie, écrouie, enfouie, inouïe) — des femmes et des sensations dans tous leurs états.
Sur Les Rimes de Brigitte — site de rimes, d'analyses de chansons et de citations placé sous le signe de Brigantia, déesse celte de la poésie — voici la liste la plus complète des mots qui riment en uie.
pluie · suie · truie · ouïe · fuie · parapluie · ennuie · essuie · appuie · enfuie · désennuie · ressuie · réjouie · éblouie · épanouie · évanouie · alanguie · écrouie · enfouie · inouïe · amuïe
Le son uie est la diphtongue [ɥi] — une des plus caractéristiques du français, quasiment absente de toutes les autres langues. Elle combine le son [ɥ] (semi-voyelle labiovélaire, le w arrondi du nuit, lui, fruit) et la voyelle [i] brève. La prononciation est un glissement rapide de [ɥ] vers [i], sans qu'on s'arrête sur l'un ou l'autre.
Cette diphtongue donne aux mots en uie leur caractère glissant, fluide, légèrement liquide — ce qui explique peut-être pourquoi le mot pluie semble si naturel : la diphtongue [ɥi] imite presque le son de l'eau qui tombe. Le [e] final est muet en français courant : pluie se prononce [plɥi], deux syllabes.
La pluie est l'image poétique la plus emblématique de la mélancolie dans la tradition lyrique française. Du latin pluvia, de pluere : pleuvoir. La pluie dit à la fois :
La pluie rime naturellement avec ennuie — et cette association pluie/ennui est l'une des plus anciennement installées de la poésie française. Ce n'est pas un hasard : les deux mots partagent non seulement leur son final [ɥi] mais leur tonalité émotionnelle. La pluie est l'ennui rendu visible dans le ciel.
Le parapluie est le dérivé pratique de la pluie — l'abri portatif qu'on déploie pour se protéger. Du grec para (contre) + pluie. Le parapluie dit la résistance à la mélancolie — on peut la tenir à distance, mais pas l'empêcher.
L'ouïe est le sens qui perçoit les sons — l'un des cinq sens fondamentaux. Du verbe ouïr (entendre, dans l'usage classique et archaïque), de l'ancien français oïr, du latin audire. L'ouïe dit la capacité d'écoute, la réceptivité aux sons du monde. En lutherie, les ouïes du violon sont les deux découpes en forme de f sur la table d'harmonie, qui permettent à la caisse de résonner. L'ouïe du violon est la beauté technique de l'instrument — le lieu où la vibration sort.
Inouïe (féminin d'inouï) — qui n'a jamais été entendu ; extraordinaire, sans précédent. Du préfixe in- + ouï (participe passé de ouïr). Une beauté inouïe, un scandale inouï, une générosité inouïe. Ce mot dit ce qui dépasse l'entendement et le précédent.
La rime en uie est particulièrement riche grâce aux participes passés féminins singuliers des verbes en -ouir et -uir :
Inouïe est le féminin de inouï — du préfixe privatif in- et du participe passé ouï de l'archaïque verbe ouïr (entendre). Ce qui est inouï n'a jamais été entendu — et donc n'a pas de précédent, n'appartient à aucune catégorie connue. Par extension : ce qui est extraordinaire, renversant, incroyable. D'une audace inouïe, d'une beauté inouïe.
Ce mot est précieux dans la rime en uie parce qu'il élève le registre — là où pluie et ennuie tendent vers la mélancolie ordinaire, inouïe dit l'exceptionnel, le hors norme, l'étonnement radical. Rimer inouïe avec pluie crée une tension entre le banal quotidien et l'extraordinaire absolu.
| Rime 1 | Rime 2 | Rime 3 | Effet | Registre |
|---|---|---|---|---|
| pluie | ennuie | suie | La mélancolie classique — l'eau du ciel, l'âme grise, le feu éteint | Lyrique, verlainien |
| réjouie | éblouie | épanouie | La joie, la fascination, l'accomplissement — portrait d'une femme heureuse | Lyrique, féminin |
| évanouie | enfuie | enfouie | La disparition, la fuite, l'enfouissement — tout ce qui n'est plus là | Élégiaque, mélancolique |
| inouïe | réjouie | pluie | L'extraordinaire, la joie et la mélancolie — les extrêmes de l'expérience | Intense, lyrique |
| parapluie | ennuie | essuie | Le quotidien humide — l'abri, l'ennui qui revient, le geste d'essuyer | Réaliste, tendre |
| alanguie | évanouie | pluie | La langueur, la perte de conscience, la pluie — les états du corps qui abandonne | Décadent, sensuel |
La rime en uie est profondément marquée par la tradition verlainienne. Dans Romances sans paroles (1874), Verlaine a associé la pluie et l'ennui d'une façon si forte que les deux mots semblent inséparables. Ce n'est pas simplement une rime — c'est une identification : la pluie qui tombe sur la ville et les pleurs qui tombent dans le cœur sont le même mouvement, la même insistance douce et monotone. Écrire dans la rime en uie, c'est entrer dans ce registre verlainien de la mélancolie fluide.
Les participes passés féminins en uie — réjouie, éblouie, épanouie, évanouie, alanguie, enfuie, enfouie — forment une série extraordinaire pour décrire les états d'une femme ou d'une figure féminine dans toutes ses dimensions : la joie totale (réjouie), la fascination (éblouie), l'accomplissement (épanouie), la perte de conscience (évanouie), la langueur douce (alanguie), la fuite (enfuie), l'invisibilité (enfouie). Un poème qui parcourt cette série dit une vie entière.
Rimer pluie avec truie est l'un des gestes comiques les plus efficaces disponibles dans la rime en uie — le passage brutal de l'élévation lyrique à la bestialité quotidienne. Cette rime était aimée des poètes comiques et des fabliaux médiévaux. Elle reste une ressource pour tout texte qui veut déjouer son propre lyrisme par l'irruption du concret animal.
La pluie m'ennuie
La suie m'en désuit
Mais éblouie, réjouie
L'enfouie s'épanouit
1. Pluie/ennuie : assumer l'héritage verlainien. Cette association est l'une des plus portantes de la poésie française. L'assumer, c'est inscrire son texte dans une tradition. La subvertir (ironiquement, ou en y ajoutant truie) crée un dialogue avec cette tradition.
2. La série des participes pour les portraits féminins. Réjouie, éblouie, épanouie, évanouie, alanguie — cette série décrit une palette d'états émotionnels et corporels d'une précision remarquable. Elle convient aux portraits de femmes dans leur complexité.
3. Inouïe pour l'intensité. Ce mot rare élève le registre immédiatement. Rimer inouïe avec pluie crée une tension entre le banal et l'exceptionnel.
4. Enfouie et enfuie pour l'absence. Ces deux mots disent deux façons de ne plus être là — l'une par disparition sous terre, l'autre par la fuite. Dans un poème sur la perte ou l'absence, ils sont des rimes de précision.
5. Essuie/appuie pour la narration du quotidien. Ces formes verbales ancrent la rime en uie dans les gestes ordinaires — pratiques, neutres. Elles peuvent équilibrer l'excès de mélancolie que la rime en uie risque d'imposer.
1. Poème verlainien : pluie, ennuie, suie. La mélancolie sous la pluie, l'âme éteinte comme un foyer — entrez dans la tradition et faites-en quelque chose de nouveau.
2. Portrait d'une femme en uie : parcourez la série réjouie, éblouie, épanouie, évanouie, alanguie. Chaque strophe présente un état différent — une vie en cinq moments.
3. Poème sur la disparition : évanouie, enfuie, enfouie, inouïe. Ce qui a disparu, ce qui s'est sauvé, ce qui est caché — et l'incroyable de la perte.
4. Rupture comique : commencez un poème mélancolique avec pluie, ennuie, alanguie, puis introduisez truie dans le dernier vers. Comment ce mot brise-t-il le registre ?
5. Poème du geste quotidien en uie : essuie, appuie, parapluie, désennuie. Les petits actes du corps qui résistent à l'ennui et à la pluie.
pluie, suie, truie, ouïe, fuie, parapluie, ennuie, essuie, appuie, enfuie, désennuie, ressuie, réjouie, éblouie, épanouie, évanouie, alanguie, écrouie, enfouie, inouïe, amuïe.
Les deux partagent la diphtongue [ɥi] finale et une même tonalité émotionnelle — la mélancolie douce et monotone. Verlaine a immortalisé cette association dans ses poèmes de Romances sans paroles.
Féminin d'inouï — ce qui n'a jamais été entendu, donc sans précédent, extraordinaire. De in- + ouï (participe passé d'ouïr).
Qui est dans un état de langueur, de douceur un peu molle, de faiblesse agréable. Alanguie sur son divan. De se languir. Dit un abandon du corps et de l'âme à une douceur paresseuse.
